"... ils peuvent apprendre de vous la parole ..."


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Voici un texte qui m'accompagne au quotidien dans ma pratique.
Il est question d'écoute, d'écriture et de paroles d'enfants . 
Une très belle posture que j'essaye de suivre au sein de la vie de classe .
Germaine Tortel était une grande pédagogue. Lors d'une expositionune exposition, il y a quelques années, j'avais trouvé cet extrait que j'ai toujours conservé. 


"Ecoutez-les, en présence de l'objet, en présence du projet, en présence du problème ...
Ecoutez-les, plume en main : notez, et vous aurez d'abord gagné de les avoir vraiment entendus, et dans la totalité de ce qu'ils ont à dire ... Vous ne soupçonnez pas leurs richesses, vous méconnaissez leurs véritables difficultés. Et puis, votre silence leur permettra d'étancher cette soif d'être celui qui parle, celui qui sait parler, parce qu'il pense, parce qu'il est tout frais devant l'objet, parce que l'objet lui parle, parce qu'il a tout autour de lui aussi, des yeux qui se tournent vers lui, des oreilles qui l'écoutent.
Sentir s'écouler dans l'espace ce bruit de parole qui s'épand avec le souffle, comme une émanation de soi, qui vous charme vous-même, c'est pour l'enfant un plaisir encore neuf, un jeu où la découverte de soi se mêle encore à la joie d'être cause, un jeu où l'investigation du réel porte encore la marque d'un éblouissant éveil. 

Restituez pour vos enfants, toute l'importance, toute la solennité, toute l'ampleur de cette expérience du verbe qui s'essaie, s'établit et se contemple dans sa splendeur première. 
Ecrivez donc, très appliquée, très concentré et que votre attitude ne cède rien de votre intérêt ... le moment viendra où votre attention muette, où votre plume et votre page concentreront à leur tour la curiosité et conduiront la pensée jusqu'à la vision complexe de cette maîtresse tout à la fois intéressée et intéressante, fixée sur le secret de ces paroles envolées, capable de les ressusciter, capable de les relire, encore et autant de fois qu'on veut, capable de nous faire retrouver nous-même dans ce temps révolu où nous avons semé nos paroles et de prouver par là tout à la fois, que la parole vaut qu'on s'en occupe, qu'elle a un poids, une densité, une valeur, qu'elle vaut qu'on mobilise et qu'on  l'a domestique, qu'on la retrouve quand on l'appelle, quand on a besoin d'elle.
Car avant que nos enfants soient capables de cette domestication du langage par l'écriture, ils peuvent apprendre de vous la parole, que leur parole a du prix, qu'elle vaut qu'on en prenne soin, qu'on la retienne par-devers soi comme un objet bien à soi. Ce témoignage de l'adulte est précieux, il est contenu dans votre attitude, il a sa valeur d'exemple et autorise la prise de conscience. " 

" Former dans l’enfant le penseur, le poète, l’artiste, l’homme sensible et bon." Germaine tortel 1950